Dessiner le monde depuis ma fenêtre
Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul (Baie-Saint-Paul)
Du 29 novembre 2025 au 31 mai 2026
Passer le seuil de sa porte, c’est la possibilité de quitter momentanément le monde. Situé à même l’espace public, le chez-soi a la particularité de s’en détacher. Privé et intime, il existe en marge de la société, et donc à distance des rapports de domination qui la structurent. Ce positionnement lui confère un immense potentiel: celui de se construire librement. On peut y développer une communauté, des relations et des modèles familiaux qui nous ressemblent. On peut y exprimer son identité telle qu’elle est, ouvertement. Toutefois, l’espace domestique peut aussi se faire le prolongement de structures sociales de pouvoir, voire de violence... Cet espace d’émancipation peut alors en devenir un de soumission, d’asservissement domestique, de séquestration.
Au fil de cette exposition, les artistes nous invitent à réfléchir au chez-soi, à ses écueils, mais aussi à l’univers de possibles auquel il nous ouvre la porte. Critique, Maude Arsenault nous rappelle l’oppression que peut représenter pour les femmes l’espace domestique et propose de le dé/re-construire. JJ Levine, pour sa part nous laisse entrer dans l’intimité de ses proches, témoignant de l’importance de ces lieux pour les personnes queer. Finalement, Caroline Monnet s’approprie les matériaux de construction pour affirmer une identité autochtone forte et fière, prête à inventer le futur. Car, lorsque ce territoire intime nous laisse la place pour éclore indépendamment des structures sociales, il est ensuite bien plus probable d’avoir à notre tour un impact positif à l’extérieur. C’est ainsi que, depuis le bord de notre fenêtre, on peut dessiner le monde. L’espace domestique peut alors se transformer en tremplin. D’abord pour rêver, puis cultiver l’humanité que nous souhaitons habiter.
Crédit photo: Émile Dontigny